Fosse Commune

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Journaliste, spécimen et anthropologue autoproclamée de fosse.

Cryptide post-punk provincial aperçu entre deux parkings Indigo, une crash bar et un bar à huîtres avec un tutu noir et une théorie sur les merguez de festival.

19/09/2026

DESCENTE EN FOSSE : THE YOUNG GODS ARRIVENT A MONTREUIL. RANGEZ LES MOLAIRES, ÇA REPART.

Bon.
Les Young Gods ont visiblement décidé que nous étions suffisamment remis.
Ils ont repris la route en septembre avec Appear Disappear. Et ils arrivent le 27 septembre à Montreuil au Bal Chavaux

Et pour ceux qui auraient raté les ép*sodes précédents, je vais faire court parce que j’ai déjà beaucoup parlé de ces trois Suisses et des conséquences de leur activité sur mon squelette.

Appear Disappear, leur quatorzième album, est sorti en juin 2025.
Un disque plus frontal, plus sec, plus physique que Data Mirage Tangram.
Et surtout un disque qui confirme une chose assez réjouissante : après quarante ans à démonter les frontières entre rock, électronique, matière sonore et industrie lourde, The Young Gods n’ont toujours aucune envie de devenir leur propre musée.

Ils repartent donc. Et je me tâte à réitérer l’expérience menée à l’Aéronef.

Franz Treichler devant.
Cesare Pizzi aux samples.
Bernard Trontin derrière. Magnifique batteur. Aérien. Hypnotique. Sublime.

Ensemble ? Trois types parfaitement calmes donnant collectivement l’impression qu’un bâtiment vient de modifier légèrement son assise. Et c’est beau à pleurer (si on digère bien les très basses fréquences.. pas le moment de manger un triple raclette/bacon)

The Young Gods ont donc repris la route. Ils viennent de faire Aix-en-Provence et Toulouse.
Vous savez où les trouver.
Et je maintiens les conclusions de ma précédente étude : si vous ressortez parfaitement intact, c’est probablement que vous étiez trop loin des caissons.

GHINZU - LE GRAND MIX - FR

350 kilometres on a workday to see five Belgians who disappeared for seventeen years. Ghinzu are back, still making music to dance, f**k and make slightly dangerous decisions to. And yes, that bass !!! ❤️

Full story on Fosse Commune (link in bio) 19/09/2026

Et voilà Snow White !
Ça vous donne une idée de l’ambiance dans Le Grand Mix pour Ghinzu

Ceux qui veulent y aller. Il reste pas beaucoup de places. Et suis pas sûre d’être encore à jour dans 10 minutes. Mais ça donne ça.

Pour la tournée d’octobre 2026 :

⛔️13 oct. - Rouen, Le 106 - COMPLET
⛔️14 oct. - Paris, Olympia - COMPLET
✅15 oct. - Paris, L'Olympia - DERNIERS BILLETS notamment fosse debout
✅ 16 oct. - Dijon, La Vapeur - PLACES DISPONIBLES.
⛔️ 18 oct. - Strasbourg, La Laiterie - COMPLET
⛔️ 19 oct. - Villeurbanne, Transbordeur - COMPLET
⛔️ 20 oct. - Toulouse, Bikini - COMPLET
⛔️ 22 oct. - Nantes/Saint-Herblain, La Carrière - COMPLET
⛔️ 23 oct. - Lille, Aéronef - COMPLET
⛔️ 28 oct. - Lausanne, Docks - COMPLET
✅ 29 oct. - Bruxelles, Forest National - PLACES DISPONIBLES.

GHINZU - LE GRAND MIX - FR 350 kilometres on a workday to see five Belgians who disappeared for seventeen years. Ghinzu are back, still making music to dance, f**k and make slightly dangerous decisions to. And yes, that bass !!! ❤️ Full story on Fosse Commune (link in bio)

Photos from Fosse Commune's post 18/09/2026

DESCENTE EN FOSSE : GHINZU OU LA GÉOGRAPHIE PARFAITEMENT DÉRAISONNABLE DU DÉSIR
(Ou comment j’ai fait 350 kilomètres un jour de bouclage pour aller voir cinq Belges qui avaient disparu pendant dix-sept ans. Et j’ai pas été déçue…)

Compiègne- Beauvais. Journée de boulot. Bouclage. Beauvais - Tourcoing. Concert. Tourcoing - Compiègne. Retour dans la nuit. Lendemain tête dans le fion. Total : 350 kilomètres et probablement une espérance de vie amputée de vingt minutes.

Pourquoi ? Parce que Ghinzu.
Voilà.
Pour ceux qui auraient besoin d’une explication plus élaborée, Ghinzu, c’est cinq Belges, dont un « John Stargasm »qui a choisi son pseudo parce qu’il voulait un nom de star du p***o est-allemande.
Des mecs curieusement habillés qui ont mis du piano, du rock, de l’électro, du groove, du glam et beaucoup trop de tension se****le dans le même sac avant de secouer très fort.
En gros Ghinzu, c’est de la musique pour danser, ba**er et prendre une décision légèrement dangereuse.

Ils apparaissent à Bruxelles à la fin des années 90, sortent Electronic Jacuzzi en 2000, puis Blow en 2004.
Et là, la France attrape Ghinzu.
Les radios, les salles, les festivals. Et Ghinzu s’installe quelque part dans notre mémoire collective sans jamais devenir tout à fait un groupe grand public.

Tout le monde connaît Ghinzu. Enfin non.
Tout le monde connaît un truc de Ghinzu.
Ils ont semé des chansons partout. 21st Century Crooners dans une pub SNCF, Cockpit Inferno dans Les Chevaliers du ciel, ’Til You Faint dans Dikkenek, puis The Dragster Wave dans Taken.

Et surtout, il y a les concerts.
Parce que Ghinzu se construit aussi là : sur scène, avec cette réputation de groupe capable de transformer son bo**el musical en quelque chose de très physique.

Puis Mirror Mirror en 2009.
Et ensuite : plus rien.
Dix-sept ans sur la béquille.

Jusqu’en mai 2026.
Ghinzu revient avec W.O.W.A., treize nouveaux morceaux et manifestement la ferme intention de vérifier si quelqu’un les attend encore.

Réponse : oui.

Ghinzu revient. Les dates tombent. Et les salles se remplissent à une vitesse parfaitement obscène. Tourcoing : complet. Rouen : complet. Le premier Olympia : complet. Strasbourg : complet. Lyon : complet. Toulouse : complet. Nantes : complet. Lille : complet. Un deuxième Olympia a été ajouté.

Et BAM. Me voilà dans Le Grand Mix à Tourcoing avec une seule question : Qu’est-ce qu’ils ont foutu aux gens pour qu’on soit encore là dix-sept ans plus t**d ?

J’ai vu. J’ai compris.
Ils apportent la joie. Ils apportent des montées qui t’attrapent gentiment pour te coller au plafond. Ils apportent une forme de bo**el génial, jubilatoire, un poil dérangeant mais extrêmement efficace et maîtrisé. Ils sont d’ailleurs tous multi-instrumentistes. Ils savent composer. Ils savent occuper l’espace. Et leur synthèse ? C’est du rock chelou, un peu pop. Un peu cabaret. Un peu glam. Un peu crade. Très barré. Plein de nappes de synthés mais pas lourdingue. C’est symphonique. Mais pas chiant. Et le frontman. Stargasm. Le mec le plus br****ur, mais brillant, jamais imaginé autour de Bruxelles. Bref.

Et puis j’ai entendu Cold love. Une merveille.
Après tout ça. Je pourrais voir faire une thèse sur les influences croisée de Ghinzu. Je le ferai pas. Finalement ma réponse est « aucune idée, mais pu**in cette basse », c’est une réponse que je considère comme parfaitement recevable.
Parce que pu**in cette basse !

Si vous pouvez encore, allez les voir. Sinon. Tant p*s. Moi je remets mon slip dans le bon sens. Et je pars dormir 15 jours.

J’ai posté un beau de vidéo ici, c’est le morceau Snow White

https://www.instagram.com/reel/Ddbm2aKuj5k/?stkn=MTY5dTl4c3U0Zjdzbw==

**inCetteBasse #

Photos from Fosse Commune's post 17/09/2026

DESCENTE EN FOSSE : LILA EHJÄ A L’AFFICHE DU PUNK ISSUES #4 A PARIS
(Ça m’emmerde un peu, mais parfois le mec qui fait les playlists Daaark avec 3 A sur Deezer a de bonnes recommandations)

Bon. Il y a quelque temps, Deezer m’a recommandé Lila Ehjä.
Deezer. Le machin capable de regarder quarante ans de musique sombre dans ma bibliothèque et de conclure que j’ai probablement envie d’une playlist Daaark avec trois A et une photo de néon violet.

Et pourtant.

Ce jour-là, le stagiaire céleste a appuyé sur le bon bouton. Il m’a envoyé le morceau Bats. Je l’ai gardé.
Puis j’ai commencé à fouiller.
Et j’ai écrit sur Lila Ehjä lorsqu’elle est passée à La Cartonnerie de Reims parce que quelque chose me plaisait énormément dans ce projet : une femme, seule, une guitare, des machines, un looper et absolument aucune nécessité de remplir les espaces pour rassurer qui que ce soit.

Depuis, elle continue.

Et elle sera le 18 septembre à La Station - Gare des Mines, pour PUNK ISSUES 4.

Donc je ressors le dossier.

Mais avec une information supplémentaire que je n’avais pas la première fois et qui explique peut-être certaines choses : Lila Ehjä a été bassiste dans un groupe de black metal. AH. Voilà.
Tout de suite, le dossier devient plus lisible.

Parce que derrière cette coldwave minimale, les boucles, les guitares froides et cette façon de construire seule des paysages qui donnent envie de regarder fixement un mur en béton pendant qu’il pleut, il y avait donc du black metal dans la cave.

Je comprends mieux.

Lila Ehjä ne fabrique pas de la musique sombre en ajoutant un filtre gris sur la pochette. Elle vient de plusieurs endroits qui savent parfaitement quoi faire du noir.

Du post-punk.
De la coldwave.
De Nine Inch Nails à Bauhaus.
Du shoegaze.
Du black metal.
Et elle met tout ça dans une machine beaucoup plus personnelle : guitare, voix, répétition, looper, tension.

Pas cinquante personnes sur scène.
Elle. Et ça suffit pour fabriquer beaucoup plus de matière que certains groupes venus avec un minibus.

Son premier EP, Yö, date de 2021. Clivota est arrivé en 2024. Et Bats, le morceau par lequel le stagiaire de Deezer m’a attrapée, est toujours dans mes favoris.

Le 18 septembre, elle partagera la soirée avec Leona Jacewska, artiste basée à Berlin et venue de Cracovie, qui travaille elle du côté EBM, électro, italo 80s et coldwave, dans une soirée conçue précisément pour faire circuler les choses entre live et dancefloor.

Donc oui. Je continue à surveiller Lila Ehjä. Parce que la première fois, j’écrivais : « J’aime voir un artiste au moment où ça bascule. Et Lila Ehjä, ça bascule. »

Je n’ai aucune raison de retirer ça.
Au contraire.
Et je tiens à consigner officiellement ceci : le stagiaire de Deezer avait raison. Une fois. Qu’il n’en profite pas.

16/09/2026

CARTOGRAPHIE DE FESTIVAL #63 - LE MUSICIEN EN FOSSE OU L’IMPOSSIBILITÉ DE NE PAS EXPERTISER
(Série d’observation automnale en attendant la migration en fosse. Aujourd’hui : le musicien, le seul bipède capable d’assister à un concert tout en réalisant mentalement ou pire, à haute voix, un audit technique)

Il existe une différence fondamentale entre aller voir un concert et aller voir un concert quand on est musicien. Et c’est une malédiction.

Parce que pendant que le public regarde le concert, eux assistent à une réunion technique clandestine qui se tient directement derrière leurs yeux. Ils inspectent le placement des micros, évaluent le son de la caisse claire, repèrent les retours qui sifflent à deux kilomètres, un sustain qui bave et se demandent pourquoi le bassiste joue aussi près du bord.

Personne ne les a conviés à cette réunion. Ils y participent quand même.
Ils observent. Ils diagnostiquent. Ils expertisent. Et à la sortie, ils rendent leurs conclusions à des gens qui n’avaient absolument rien demandé.
C’est instinctif. Ils ne peuvent pas s’en empêcher.
Toi, tu voulais juste regarder ton concert peinard. Maintenant Gérard te parle de rep*sse dans les micros, Thierry pense que la guitare manque de médiums et quelqu’un derrière toi vient de prononcer « impédance ».

Tu hoches la tête.
Tu ne sais même pas faire la différence entre une boîte de DI et une machine à coudre.

Dans cette confrérie on trouve notamment :

✅Le stalker de pédalier
Tu crois qu’il regarde le guitariste. Non. Depuis huit minutes, il regarde entre ses chaussures. Il a identifié la fuzz, le delay, le switcher et probablement la référence de l’alimentation. À la fin du concert, demande-lui de quelle couleur était la chemise du chanteur : aucune idée. Mais la fuzz est allemande et n’est plus fabriquée depuis 2019.

✅ L’inspecteur du matos
Il ne regarde pas la scène. Il l’inventorie. Quelle guitare ? Quel ampli ? Quelle batterie ? Quels micros ? C’est quoi cette tête ? Attends, c’est pas une Orange ? Son regard balaie méthodiquement le plateau comme s’il devait rendre les clés à la fin du concert. Il repère du matériel à quinze mètres dans le noir avec une précision qui lui permettrait probablement d’identifier un suspect sur une caméra de vidéosurveillance. En revanche, il cherche ses lunettes depuis mardi.

✅Le compteur
Il ne hoche pas la tête. Il mesure. Tu le vois parfois faire un très léger mouvement de doigt. Ne le dérange pas. Il vient de comprendre qu’il y avait une mesure en 7/8 au milieu du morceau et désormais il faut qu’il sache pourquoi. Il n’y a aucune urgence. C’est donc extrêmement urgent.

✅Le technicien fantôme
- T’entends ? Ils ont creusé les médiums.
Merci Gérard. Moi j’avais remarqué que la chanson était jolie. Gérard n’est déjà plus avec nous. Gérard est parti vérifier. Il compare. Il évalue. Il fait des tableaux croisés dynamiques. Il est à deux doigts d’appeler son pote « Paulo l’ingé son » pour lui faire écouter en direct.

✅ Le bassiste qui ne regarde que le bassiste (existe en plusieurs instruments)
Il peut y avoir douze personnes sur scène, un lance-flammes et Nick Cave descendant du plafond en rappel : il regarde le bassiste. À intervalles réguliers, il fait « mm ». Ce « mm » peut signifier : beau son, belle ligne, mauvais choix de corde ou je possède exactement la même basse. Personne ne saura.

✅ Le réglage à distance
Il a repéré un problème. Personne sur scène ne lui a demandé son avis et il se trouve à vingt mètres de la console.
- Moi, j’aurais remonté la guitare !
Voilà. Ça ne change rien. Mais sa soirée est foutue.

✅ Le propriétaire du même matériel
Moment extrêmement important.
- J’ai la même !
Il peut s’agir d’une pé**le, d’un ampli, d’une caisse claire ou d’un câble probablement fabriqué à 800 000 exemplaires. Peu importe. Pendant quelques secondes, il fait partie du groupe. Il est l’élu. Il est fier.

✅ Le « moi j’aurais pas fait ça »
Quelqu’un sur scène prend une décision différente de celle qu’il aurait prise.
- Ah. Moi j’aurais pas fait ça.
Quoi ? On ne sait pas. Un accord. Un son. Une relance. Le choix d’une pé**le. Peut-être toute la carrière du groupe. Personne ne lui a demandé. Mais le groupe est désormais informé qu’une autre option existait. Le groupe remercie le cabinet de conseil et poursuit néanmoins sa tournée.

✅ Le dégoûté
Il était venu voir un excellent musicien. Mauvaise idée. Au troisième morceau, il ne regarde plus un concert : il assiste à la démonstration publique de sa propre médiocrité.
- Pu**in mais regarde ce qu’il fait.
Il est admiratif. Fasciné. Écœuré.
À la sortie, il envisage successivement de travailler huit heures par jour, de revendre son matériel et d’abandonner définitivement la musique pour se consacrer à l’apiculture.
Demain, il rejouera. Mais ce soir, sa Gibson est sur Leboncoin.

✅ L’aigri
- C’était mieux avant.
Avant quoi ? C’est flou. Avant cet album. Avant ce guitariste. Avant qu’ils changent d’ampli. Avant 2007. Avant l’électricité. Il passe néanmoins l’intégralité du concert devant la scène afin de vérifier que ça continue d’être moins bien. La constance est une qualité.

Et pendant que toi tu rentres chez toi en disant :
- Pu**in, quelle claque.
Le musicien rentre en disant :
- Pu**in, quelle claque. Par contre j’aimerais bien savoir ce qu’il avait comme compresseur !

Il ne saura jamais.
Il cherchera demain.
Il trouvera. Ce sera pire.

Prochainement : La ligne jaune. Le point G du son qui relie la scène à la régie.

Photos from Fosse Commune's post 15/09/2026

DESCENTE EN FOSSE : THEN COMES SILENCE, LE GOTH ROCK ET LA GRANDE QUESTION DU DÉCLOISONNEMENT
(Ou comment j’ai fini en nouille vapeur en me demandant pourquoi Micheline avait décloisonné avant les festivals)

J’avais pourtant prévenu tout le monde : Then Comes Silence vient de Suède. C’est sombre, c’est froid, c’est tendu.

J’ai fini en nouille vapeur.

Première fois pour moi au Le Chinois à Montreuil. Une salle roots, sympa, une scène à portée de main et un système de ventilation reposant manifestement sur la prière. On était quelque part entre le concert post-punk et le panier en osier du Wafu. Perso, j’adore cette ambiance. Mais j’ai transpiré des genoux quand même.

En poussant la porte, je suis tombée nez à nez avec Alex Svenson, chanteur et bassiste de Then Comes Silence, tranquillement installé au merch.

Or j’avais écrit quelques jours plus tôt qu’il donnait envie de tout plaquer pour aller élever du poisson nordique. Mon cerveau a immédiatement cessé toute activité supérieure. Et la température est montée d’un cran supplémentaire.

Sur scène, c’était la troisième fois en quelques mois que je les voyais et, une nouvelle fois, aucune surprise.

Then Comes Silence a fait du Then Comes Silence. Et c’était cool as f**k.

Troisième contrôle technique de la Volvo suédoise : rien à signaler.

À part la température.

Et l’éclairage qui avait respecté la réglementation des petites salles :

1 200 watts pour le son.
14 leds pour les musiciens.
Une centrale nucléaire dans la grosse caisse visible de l’ISS.
De la fumée.

Et un groupe archi-rodé.

Si vous ne fréquentez pas ce circuit, il est parfaitement possible que vous ne les connaissiez pas.

Et pourtant, ce ne sont pas des perdreaux de l’année.

Le groupe existe depuis 2012. Des albums, des kilomètres, l’Europe, les États-Unis, l’Amérique latine, de gros festivals de la scène dark, un passage chez Nuclear Blast puis Metropolis…

Des routiers.

Musicalement, Alex Svenson a trouvé lui-même la meilleure définition : « loud dark rock ».

Fort. Sombre. Rock.

Et puis j’ai regardé autour de moi.

Pour un lundi soir, la salle était très honorablement remplie. Mais surtout, le public était beaucoup moins uniforme que l’étiquette « goth rock » pourrait le laisser imaginer.

Du goth, certes. Du post-punk. Du noir réglementaire. Des looks travaillés.

Et des Micheline. Beaucoup.

Vous voyez Micheline. Elle sort de son boulot chez AXA et n’a pas eu le temps de se changer. À 17h42, elle traitait peut-être un dégât des eaux. À 21h16, elle hochait la tête sur une basse suédoise.

Personne ne lui avait demandé son permis de goth. Et, surtout, Micheline avait l’air d’aller très bien.

C’est là que j’ai commencé à me poser une question. Pourquoi ces groupes sortent-ils si peu de leur propre circuit ?

Pourquoi DITZ et Then Comes Silence, Shame et Corpus Delicti, Model/Actriz et Whispering Sons, Gurriers et Ductape ne pourraient-ils pas avoir accès aux mêmes festivals ?

On me dira qu’une partie d’entre eux relève du goth. Certes. Mais le goth est historiquement une branche du post-punk. Même arbre généalogique. Et musicalement, les frontières sont beaucoup moins étanches.

Aucun de ces attelages ne provoquerait donc une déchirure de l’espace-temps. Surtout dans un monde où SCH peut jouer juste avant The HU.

En outre, j’ai vu dans des festivals rock et post-punk des groupes autrement plus difficiles d’accès et surtout franchement plus mous du genou que la plupart des groupes dits goths.

J’ai une liste. Je la tiens à disposition.

Alors pourquoi ?
Je pose réellement la question.

Attention : je ne réclame pas qu’on les sorte de leur circuit. Je m’interroge sur l’étanchéité entre les deux.

Then Comes Silence est d’ailleurs parfaitement chez lui dans cette scène. Alex Svenson l’a dit lui-même. Elle lui a donné un public fidèle, des salles, des festivals et une carrière internationale.

Je ne demande surtout pas qu’on l’en sorte.

Je m’interroge. Parce que ce que j’avais sous les yeux lundi soir, c’était précisément un public qui, lui, avait déjà décloisonné.

Et c’est très bien.

C’est une belle évolution. D’autant que j’ai connu une scène beaucoup plus c***e avec ça. Au début des années 90, elle était d’ailleurs au climax de sa c***erie. Mauvaises chaussures, mauvais tee-shirt, pas assez « vrai » : tribunal du goth.

Et pourtant, trente ans plus t**d, Micheline est entrée au Chinois directement après le bureau.

Elle a écouté.
Elle est ressortie avec toutes ses dents.

Alors je repose la question : et si ce n’était plus le public qu’il fallait décloisonner, mais les programmations ?

Promis.
On ne sacrifie plus de chatons. Promis.
Enfin, pas le lundi.

Sinon Then comes silence joue les :

16 septembre (Lyon) ROCK N EAT
17 septembre (Marseille) Le Molotov

15/09/2026

Une voix impossible à confondre avec une autre. Une gu**le. Une liberté. Une façon de chanter, de bouger, de s’habiller et d’occuper la scène.

Avec Fred Chichin, ils avaient inventé Les Rita Mitsouko, ce truc incroyable quelque part entre : rock, pop, punk, funk, chanson, bazar magnifique.
Et démerdez-vous avec les étiquettes.

Fred était parti en 2007.
Catherine Ringer est morte cette nuit, à 68 ans.

Pu**in.
Démerdez-vous avec ça aussi.

13/09/2026

RETOUR DE FOSSE - PUTAN CLUB A VOULU ME BRANCHER SUR DES FRÉQUENCES MYSTIQUES AVEC UNE DISTO
(Ou comment je suis partie à Oberkampf avec du PQ dans les poches et revenue avec des pop-ups de l’au-delà)

Mon pote Vincent m’avait dit d’aller voir Putan Club. Cet ovni franco-italien composé de Gianna Greco à la basse et au chant et François R. Cambuzat à la guitare et au chant, qui se définit lui-même comme « TransgenderFeministElectronicIndustrialAvantRockTechnoEthnoWorldSauvagerie. »

Voilà. Normalement, à ce stade, vous savez pas à quoi vous attendre. Moi non plus.

Je suis donc allée à Oberkampf hier avec comme seul bagage la curiosité. Et comme seule protection, du PQ à mettre dans les oreilles (technique de haut niveau, je sais) parce qu’on m’avait dit : « ILS JOUENT FORT ! »

J’aurais dû me méfier. La première fois que Vincent les avait vus, il était ressorti avec les yeux exorbités et les cheveux en l’air, dans cet état très particulier du type qui veut absolument te raconter un concert mais n’a manifestement pas encore récupéré les mots nécessaires.

J’avais aussi un léger problème de départ : je me méfie de la musique expérimentale. Pas par principe. J’ai pas les codes.
Quand on me dit « expérimental », mon cerveau convoque immédiatement Eudes. Eudes porte un col roulé, souffle dans un tuyau d’arrosage, passe un archet sur un radiateur et récite l’annuaire téléphonique à l’envers. Il explore la matière. Moi, je cherche la sortie.

En plus, je suis assez traditionaliste : une basse, une guitare, une batterie, du chant, les musiciens sur scène et le public devant. Chacun de son côté et la République est préservée.

Voilà dans quelles dispositions intellectuelles j’abordais l’une des expériences musicales les plus dingues que j’aie vues depuis longtemps : avec des préjugés et du papier toilette dans la poche.

Et encore, je n’avais rien compris. Parce qu’un peu plus t**d, Gianna Greco s’est installée avec sa basse d’un côté du QG. François R. Cambuzat avec sa guitare à l’autre bout. Et j’ai découvert que le public était censé se mettre entre les deux.

La République venait manifestement d’être dissoute.

Et puis Gianna a pris sa basse.

Dans Putan Club, elle n’est pas là pour faire gentiment boum-boum derrière pendant que la guitare s’occupe des affaires sérieuses. Gianna mène la danse avec une basse énorme, saturée, physique. Elle pousse le morceau, le fait groover, vous chope par le ventre et l’envoie à l’autre bout de la salle.

Où se trouve François. Qui répond.

Gianna lance quelque chose, François lui renvoie un mur de distorsion. Ça navigue entre indus, noise, punk, techno et musiques de transe. Mais pas chiant, j’insiste. Rangez immédiatement le sarouel et le bâton de pluie. Elle chante, il gu**le. Il casse un rythme, elle repart. Ça roule comme un 36 tonnes dans lequel on aurait embarqué le Mystère des Voix Bulgares sous acide.

Ça circule d’un bout à l’autre du troquet, avec le public théoriquement au milieu. Théoriquement, parce que nous nous étions tous rangés sur les côtés en leur laissant un magnifique couloir central. On nous proposait une expérience de transe collective, on a fait une haie d’honneur. On est des cons.

Et Gianna chante. Avec une voix absolument incroyable et dans un nombre de langues qui commence à devenir vexant : français, italien, anglais, arabe, wolof… Des chants, des polyphonies, des choses dont je serais bien incapable de vous donner le nom savant. Mais quand elle chante, les horloges s’arrêtent de tourner.

En face, François tient l’architecture. Il construit, tend, casse, relance. Elle lui répond. À un moment il est à terre avec sa guitare. Gianna est devenue une grande prêtresse à basse saturée. J’ai vu son regard. J’ai cru ressortir avec une entité collée à la nuque.

C’est là que j’ai repensé à ce que François m’a raconté. Il m’a parlé de frictions, de polyrythmie, de polyphonie, de mécanique de la transe. Des mots que je serais bien incapable de vous expliquer correctement sans perdre une dent. Mais une fois au milieu du bo**el, j’ai compris ce qu’ils faisaient au corps.

Ils cherchent la transe.

Ils cherchent réellement la transe. Et ils vont même la chercher loin. Très loin. Jusqu’au Tadjikistan et chez les Ouïghours. Ils vont enregistrer comment ça marche. En vrai.

Qu’est-ce qui fait qu’un rythme finit par modifier ton état ? Qu’est-ce que produit la répétition ? Pourquoi une rupture te relance ? Que se passe-t-il quand plusieurs rythmes se frottent ? À quel moment tu cesses simplement d’écouter pour commencer à prendre la musique physiquement ?

Eux ont sillonné le monde pour étudier la question. Moi, j’étais venue avec du PQ. Chacun sa méthode.

Et à Paris, visiblement, il manquait encore un élément à leur machine : le volume. Putan Club joue fort parce que le volume n’est pas là pour faire un concours de bite avec un ampli. Il faut que le son ait une existence physique.

Or ce soir-là, au QG, ils étaient contraints par le niveau sonore autorisé. Et ça les faisait c***r. Selon eux, ils n’avaient donc pas réussi à pousser la transe aussi loin qu’ils l’auraient voulu.

Ah. D’accord.

Parce que de mon côté, sans même avoir eu besoin d’utiliser mon PQ, j’avais déjà capté l’au-delà avec mes organes internes.

Donc c’est ça, Putan Club : une machine qui essaie de te brancher à l’au-delà avec une basse et un mur de disto. Et manifestement, hier soir, ils n’avaient même pas mis le volume à fond.

Je ne vais pas essayé de faire semblant d’avoir compris la polyrythmie tibétaine ou je ne sais quelle mécanique de transe. Mais je vais peut-être garder le PQ. Et de l’eau bénite.

11/09/2026

DESCENTE EN FOSSE : PRÈS D’ARRAS, J’AI TROUVÉ UN FESTIVAL QUI DURCIT À MESURE QUE LE SOLEIL SE COUCHE… ET C’EST GRATOS
(Et plus il fait noir, plus ça tabasse. Et y’a de l’air guitar en plus. Ce qui fonctionne sur moi comme un appeau à grives)

Je viens de découvrir qu’à côté d’Arras, des gens ont manifestement décidé de programmer un festival selon la luminosité extérieure.

Ça s’appelle le SLBFEST. Saint-Laurent-Blangy. Samedi 12 septembre. Sixième édition. Entrée libre.

Et leur principe est extrêmement simple. C’est un festival familial qui fonctionne ainsi :« Du rock et du blues quand il fait jour, du metal la nuit tombée. »

Ah.
Le metal est donc photosensible.
Je ne savais pas.
Mais regardons la programmation parce que, effectivement, ça se dégrade très méthodiquement avec la luminosité.

À 16 h, Secret Garden & The Dusty Man : du blues’n’roots, guitare slide, harmonica et boogie.
Il fait jour. Tout va bien.
17 h 15 : The Nucleons project.
J’adore ce groupe. C’est du blues-rock, du rockabilly, du vieux rock’n’roll totalement déjanté.
18 h 30 : Poncharello. Rock’n’roll supersonique entre punk, garage, stoner et hard rock.
19 h 30 : Elno-Liaz, jeune formation dans l’esprit Fontaines D.C.
20 h 15 : MARCH, punk-rock néerlandais.
Le soleil commence manifestement à perdre le contrôle de la situation.
21 h 15 : Coal Noir, pop-grunge.
22 h : Furies. Heavy metal.
Il fait noir. Le protocole s’enclenche.
23 h : Deûle. Synth-doom.
23 h 45 : Wake The Dead. Hardcore marseillais.
Voilà.

Je trouve ce système de programmation formidable. Le SLB Fest fonctionne comme une sorte de variateur crépusculaire de violence musicale.

Plus le soleil descend : plus ça tabasse.
J’attends désormais de connaître le protocole prévu en cas d’éclipse.

Mais ce n’est pas tout.
Parce qu’entre les concerts, le festival a prévu des animations familiales. Mais aussi :

A 11h : Yoga rock au stade pour s’étirer les cervicales
À 15 h 30 : blind test
À 16 h 45 : guitar contest
À 18 h : AIR GUITAR

Donc vous pouvez parfaitement venir en famille, prendre un goûter, participer à une activité parfaitement saine consistant à jouer d’une guitare qui n’existe pas, puis rester suffisamment longtemps pour terminer à 23 h 45 devant du hardcore marseillais.

C’est ce que j’appelle une politique culturelle cohérente.

Et le festival assume réellement le côté familial : jeux et animations sont annoncés sur place, avec buvette et restauration. L’après-midi, la commune organise même au festival un atelier où les enfants fabriquent des animaux et des plantes en papier pour un futur album jeunesse géant.

Donc potentiellement :

15 h 12 : ton enfant découpe une petite fougère dans un vieux livre
18 h : papa fait de l’air guitar
23 h 45 : Wake The Dead
La journée éducative est complète.

Et moi je découvre ça la veille, alors que c’est quasiment dans mon jardin.
Formidable travail de veille.
J’ai pas vu. Désolée. Donc avis aux ret**dataires !

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Reims